Certifive
Contact

Afrique : Les frontières en danger?

en
Jean-François CURTIS
Par Jean-François CURTIS
20 janvier 2026
Photo parAI generatedsurUnsplash

En filigrane

Les frontières africaines restent fragiles en raison du manque de politiques adaptées, de moyens suffisants et de pratiques professionnelles fiables.

L’immensité des territoires et les contraintes écologiques rendent la surveillance particulièrement difficile.

La coopération régionale demeure limitée, ce qui affaiblit l’efficacité des dispositifs frontaliers.

Une stratégie nationale structurée autour du diagnostic, du renforcement des forces mixtes et de l’usage accru des technologies est indispensable.

Une coordination régionale renforcée, fondée sur la mutualisation des moyens et la création d’unités spécialisées inter‑pays, est essentielle pour sécuriser durablement les frontières.

Défis et vulnérabilités des frontières africaines

La maîtrise des frontières se heurte à des limites tant humaines, juridiques, naturelles que technologiques. Plus le territoire est vaste, plus les limites de sa sécurisation et de sa maîtrise sont grandes. Le défi du contrôle et de la surveillance des frontières est donc suffisamment complexe pour que nous le couvrions intégralement. Quatre espaces sont cependant à considérer: les frontière terrestres, maritimes, aériennes et le cyberespace.

Plusieurs maux affectent l'intégrité des frontières des pays africains, mais ces dernières années ont confirmé la nécessité pour ces pays, de se mobiliser davantage tant au niveau national qu'au niveau régional pour contrer lesdites menaces.

Un diagnostic succinct des frontières des pays africains, fait ressortir entre autres vulnérabilités:

a) L'absence d'une "politique nationale de maitrise des frontières"; b) L'insuffisance de ressources humaines et techniques adéquates de contrôle des frontières; c) le manque de professionnalisme et la corruption au sein de certaines unités chargées du contrôle; d) La fragilité étatique qui empêche certains pays en situation post-crise ou de crise de préserver leur intégrité territoriale (Mali, Burkina, etc.); e) L'immensité souvent hostile du territoire, nécessitant de lourds moyens techniques et humains (Niger, RDC, etc.); f) La fragilité écologique (désertification et sécheresse) de certains états en zone sahélienne par exemple; g) L'insuffisance ou l'inexistence d'une concertation efficace au niveau régional; h) L'inefficacité des dispositifs frontaliers existants notamment les postes de contrôle juxtaposés; i) Les faibles budgets alloués au contrôle des frontières.

Cet état des lieux certes succinct, dépeint une réalité peu honorable sur la porosité des frontières des pays africains. Les conséquences de cette porosité grandissante sont multiples et complexes.

Cependant, nous considérons les menaces suivantes comme étant les plus critiques:

a) La criminalité transnationale essentiellement matérialisée par: le trafic de stupéfiants, le trafic d'armes, le blanchiment d'argent, le terrorisme et les réseaux de migration clandestine; b) L'immigration clandestine, qui prend de l'ampleur chaque année avec ses conséquences socio-économiques et sécuritaires; c) La propagation de maladies foudroyantes telles que Ebola.

Sans renier tous les efforts déjà consentis par les Etats africains, pour sécuriser leurs frontières et pour faciliter la libre circulation des personnes et des biens, nous proposons, une stratégie susceptible de faciliter la maîtrise des frontières de la région.

Pour renforcer la maîtrise et la sécurité des frontières africaines

La réponse passe par la mise en place d’une stratégie multidimensionnelle et inclusive, articulée en deux axes majeurs :

a) Une réponse nationale: Pour assurer la maîtrise des frontières, il est primordial de commencer par un diagnostic complet des vulnérabilités et des points forts, afin d’établir une stratégie nationale claire. Cette stratégie repose sur la mobilisation de moyens humains (forces mixtes comme la gendarmerie, les douanes et la police) et technologiques (biométrie, drones, vidéosurveillance, radars, capteurs, etc.), tout en envisageant des options innovantes telles que l’implication des communautés locales. Trois piliers structurent ce dispositif : la surveillance, l’alerte et l’intervention, nécessitant la mise en place de mécanismes dédiés et le renforcement des capacités de renseignement. L’externalisation de certaines tâches à des groupes spécialisées, est également recommandée pour bénéficier de systèmes intégrés et efficaces.

b) une réponse régionale: La dimension régionale de la lutte contre la porosité des frontières, repose sur une mise en commun des moyens de lutte et un partage de données. En effet, en mutualisant les moyens de chaque pays alors l'effort est partagé et l'action concertée, donc cohérente. Cette lutte étant couteuse, il convient que chaque pays du continent contribue à un effort collectif soit financièrement, soit en proposant des moyens humains et/ou logistiques.

La coopération régionale demeure la solution la plus apte à renforcer l'imperméabilité des frontières et ainsi préserver les populations de menaces insidieuses telles que le terrorisme. La mise en place d'unités spécialisées inter-pays, serait une option efficace pour mieux maîtriser lesdites frontières. A l'instar de Frontex (Agence européenne de surveillance des frontières des pays de l'espace Schengen), la création de douanes de l'UEMOA serait un pas en avant vers l'efficience et un gage de coopération réussie dans la maîtrise des flux tant humains que matériels.

Il est bon de préciser qu'un examen des forces et faiblesses des dispositifs existants dans des pays tels que la Corée du Sud, le Canada et la Suisse, pourraient inspirer les décideurs africains quant à choisir des solutions efficaces, durables et respectueuses des droits humains. La création de postes frontières modernes, équipés et opérationnels tant pour la surveillance, l'alerte et l'intervention, permettrait une meilleure gestion et/ou contrôle des frontières des pays africains. Aussi, la mise en place d'unités mobiles professionnelles aux frontières, permettrait une meilleure couverture de celles-ci. N'oublions pas enfin, que tout principe de surveillance, pose la problématique du contrôle démocratique et du respect des droits fondamentaux, du fait des multiples dérives possibles.